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 Failing hope ▬ Rai

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MessageSujet: Failing hope ▬ Rai   Jeu 8 Nov 2018 - 12:55

Failing hope


La nuit avait été longue. Non pas en sommeil mais en réflexions. Une remise en question de tant de choses qu'il m'avait été impossible de fermé l'œil. Alors j'ai vidé le peu d'alcool qui me restait. Acquis par des moyens peut légaux, je devais bien l'admettre. Mais qui irait me flinguer pour trois bouteilles ? Au vu de ma misérable place dans ce dôme, je n'étais plus à ça près. Si on avait voulu m'éradiquer prématurément, ça aurait été fait il y a de ça une paye !

Seule dans le clapier qui me servait de logement, étalée sur ce qui faisait à la fois office de lit et de canapé, j'en appelais au sommeil. Qu'il vienne m'enlacer et m'étreindre l'âme. J'étais fatiguée... Et les années qui passaient se faisaient de plus en plus courtes. De quoi attiser ma crainte de mourir sans rien avoir apporté, de n'avoir été qu'une paria toute ma vie incapable de faire quoi que ce soit de constructif... ou alors me rassurer à me dire que tant pis : au moins toute cette merde serait bientôt terminée. Mon cœur était partagé et cette nuit, ne voguait pas vers l'horizon le plus optimiste. Je servais une société qui me jugeait nuisible, m'accrochais à des idées qui ne franchiraient jamais les portes du gouvernement. J'aimais mon travail et ne le faisait pas pour la reconnaissance que nous étions en droit d'espérer. Mais lors du décompte, ça pesait dans la balance.

Une dernière bouteille y passa. L'aube se pointait. J'étais réduite à l'état de larve et négligeais mes responsabilités : l'alarme qui sonna ne su me sortir de ma torpeur. Un sommeil de plomb vide et austère. Je n'étais plus là. Et la réalité me rattrapera avec de sacrés coups de bâtons dont je n'avais absolument pas tenu compte avant de me mettre la gueule en vrac. Non pas que je m'en fichais : on pouvait dire ce qu'on voulait, d'ordinaire j'étais ponctuelle et assidue, assez pour me permettre de tirer sur la corde sans que mon quotient ne prenne une gifle me menant tout droit aux oubliettes. Proches oubliettes qui, au moins pour cette matinée ivre, ne m'avaient pas imposé la peur qu'elles m'inspiraient.

L'obscurité régnait dans la boîte d'acier qui m'abritait. C'était désordonné, ça sentait la gnôle. Pour couronner le tout, j'étais avachie à plat ventre sur le lit une place vêtue d'un simple débardeur et d'un sous-vêtement. Il faisait sûrement froid, mais je m'en fichais éperdument. L'un des avantages à ma nature : les virus n'allaient pas m'attaquer si aisément. Malheureusement pour moi, c'est un autre genre de virus qui vint s'attaquer à mon organisme : la lourde porte grinça et fronça mes traits. Un gémissement dérangé que je combattis en mettant mon bras sur mon visage pour éviter l'agression. Ce pourrait être n'importe qui : un voleur ou le Gouverneur, je ne bronchai guère plus.

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MessageSujet: Re: Failing hope ▬ Rai   Jeu 8 Nov 2018 - 23:49





FAILING HOPE

☁️
Rai a encore eu une soirée rasoir avec cette femme, cette Humaine qui n’a rien d’intéressant à lui proposer. C’est un pur produit du Gouvernement ; elle manque de caractère, se pose peu de questions. Mais elle arrangeante sur bien des points. Le chef d’escouade n’a pas à s’en plaindre. Malgré les années, il a toujours refusé d’aménager avec elle. Ca fait déjà cinq ans qu’ils se connaissent. Rai ne fait pas d’efforts, se montre relativement égoïste envers cette femme. Et envers Dorcas aussi.

D’ailleurs, il n’a pas vu celle-ci au brief matinal. Il s’est renseigné auprès de ses collègues Aberrations pour savoir s’ils avaient des nouvelles d’elle ; en vain. Ce n’est pas habituel de la part de Dorcas ; celle-ci est toujours à l’heure, sérieuse dans son travail, bien que son comportement laisse parfois à désirer, il faut dire ce qui est. Il a donc décidé de la couvrir ; d’autant plus qu’il ne préfère pas penser à ce qu’il pourrait arriver si la hiérarchie venait à en être informée. Il a donc décidé de venir la chercher lui-même, à Steel Black, malgré les regards soutenus des Aberrations qui n’ont pas l’habitude de voir des Humains se promener ainsi dans la zone désaffectée. C’était souvent mauvais présage. Il faut aussi dire que les regards inquiet que Rai reçoit sont aussi dû au fait qu’il n’a pas l’air le plus avenant.

Il n’a pas à faire deux pas dans l’appartement de l’Aberration pour comprendre que l’alcool a coulé à flot une bonne partie de la nuit. Il jette sa veste blanche, dont l’une des manches est surmontée d’un brassard vert pâle, sur le dossier de l’unique chaise trouvable dans sa cuisine. Il sait pourquoi il est hors de lui ; voir la femme qu’il aime dans cet état, ça le dégoûte. Pas elle, mais le fait qu’il ne soit pas capable de prendre cette « responsabilité » comme une autre. Tu parles d’une épine dans le pied. Rai a bien le chic pour choisir ses poules. Depuis combien de temps en était-il conscient d’ailleurs ? Ca lui semble d’une telle évidence qu’il ne saurait pas dire. Rai fait l’autruche, mais avec quels regrets vivrait-il quand le tour de Dorcas viendrait ? Maintenant, le Gouvernement peut la lui prendre à tout moment. Toujours est-il qu’avec le sérieux dont elle fait preuve d’habitude, ça le met encore davantage en colère de savoir qu’elle s’est bourré la gueule la veille.

— Putain Dorcas, tu te fous de ma gueule ?

Il n’y va pas de main morte, sans pour autant lui hurler dessus. Rai n’est pas du genre à crier, mais il sait se montrer désagréable. Ça ne le fait pas rire, non loin de là. Il ferme la porte du container derrière lui ; avant que quelqu’un le voit, avant que quelqu’un soit embrumé par les vapeurs d’alcool sortant de l’appartement de la brune.

— J’peux savoir c’que tu fous ? Tu sais que si c’était pas moi je serais déjà en train de te fracasser la tête ?

Heureusement pour elle, c’est bien lui. Voilà la triste réalité d’Ikaros. Dans une autre dimension, son supérieur lui aurait donné une vraie raison d’avoir mal à la tête. Elle n’y aurait peut-être pas survécu. Rai reste silencieux une minute, observant la tenue dans laquelle elle se trouve actuellement. Son esprit semble absorbé par un milliard de pensées puis il fait demi-tour, disparaît dans ce qui lui sert de salle de bain après avoir récupéré un verre dans la cuisine. Il remplit le verre.

Il réapparaît quelques secondes plus tard et fonce s’asseoir sur le bord du lit, mettant le récipient entre les mains de la jeune femme. L’Humain lui fait les gros yeux. Avant de détourner le regard vers sa poche tandis qu’il se relève ; il sort une cigarette de sa poche pour la coincer entre ses lèvres et l’allumer, va vers l’unique fenêtre du logement : une grande baie vitrée faisant  toute la largeur du mur, surmontée par une encoche qu’il ouvre pour aérer la pièce. Un peu de fumée sort de sa bouche tandis qu’il se tourne à nouveau vers Dorcas, expirant longuement la nicotine de ses poumons. Il laisse la femme boire un peu d’eau. Avant de de rajouter, l’air sévère :

— Prends une douche et habille-toi vite. On a du travail.


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MessageSujet: Re: Failing hope ▬ Rai   Ven 9 Nov 2018 - 0:27

Failing hope


Le vrombissement de sa voix tonna dans le container. Un revêtement si fin que le froid du métal passerait à travers ce dernier. Normal que la réverbération soit si élevée. Ou pas... c'était peut-être l’alcool et la cavité qu'il avait creusé à l'endroit où devait normalement se trouver ma matière grise.

Ce n'était pas moi, cette larve. Rien de ce que je représentais. Je tenais bon, c'était ça ma personnalité. J'avançais peu importaient les risques et les conséquences. Mais baisser les bras ? Ça ne me ressemblait pas. Me réfugier ainsi dans le vice n'était pas dans mes habitudes. Rai était bien placé pour le savoir. Sa proximité avait beau parfois être dérangeante, il représentait un soutien silencieux que j'estimais énormément. Qu'il rêve s'il souhaite m'entendre le remercier ou le gratifier de mots attestant de mon admiration face à lui ! Mais je crois que depuis le temps, il le savait... d'une manière ou d'une autre. Parce qu'un regard ne ment pas. Des attentions, fugaces et discrètes, ne s'oublient pas. Et si j'avais été en pleine possession de mes moyens, j'aurais fondu de honte qu'il me voit ainsi. Parce que j'accordais une importance à son jugement. Non pas de part sa place de mentor, mais part une réelle affection que je savais inexploitable. Après tout, je n'étais qu'une Aberration. Un objet dont il devait disposer. J'avais beau croire qu'il me vouait une attention particulière, voire même une estime assez haute, cette barrière restait présente.

La porte métallique claque sans entendre le verrou s'enclencher. Je reste étalée sur mon lit à ignorer ses complaintes. Si ça n'avait pas été lui... non, je pense que ma position aurait été la même : étalée sur la paillasse. Si ça en amusaient certains de me défoncer, qu'ils le fassent.

Fais chier.

Évidemment que je ne voulais pas d'emmerdes. Étant assez douée pour m'en ramasser dans la gueule alors même que mes services sont loyaux et efficients depuis une décennie déjà, à en rester classée parmi les moins que rien, je savais pertinemment que si n'importe qui d'autre m'avait vu dans cet état, ça aurait été la fin que je craignais tant.

Je n'allais pas lui faire part de mes angoisses. Des raisons qui m'avaient mises dans cet état. Les justifications n'avaient pas lieu d'être entre un chef et son agent. Il me ferait payer cette incartade sans chercher à comprendre le pourquoi du comment. Parce que c'était son job. Et que baisser les yeux, courber l'échine, c'était mon devoir en tant qu'Aberration. Peu importait ce qu'il représentait pour moi ou ce que je pouvais bien représenter pour lui. C'était difficile, à n'en pas douter. Mais malgré la fatigue morale de cette vie, je voulais croire qu'il me restait encore assez de force pour tenir la distance.

Non sans difficulté, je me décidai à émerger. Enlevant mon bras, me redressant doucement. Ma tête me faisait mal... si mal ! Des coups de matraque assénés de toute part. Impossible de m'en défendre. Assise en tailleur sur le lit, je posai les coudes sur mes genoux pour donner à mes mains l'aplomb nécessaire à soutenir ma tête. Mes cheveux bruns formaient un fin rideau autour de mon visage. Ignorant les bruits de pas, de fouille, je ne compris le geste de Rai qu'une fois le verre présenté à ma portée. Je le saisis en redressant le dos légèrement. L'eau était légèrement voilée. Dégueulasse... comme toujours. Je la sirotais avec lenteur comme pour allonger la peine. « À vos ordres Chef Sobek », répondis-je avec désinvolture avant de vider ce qui restait du verre. Je ne faisais pas attention à son regard aussi insistant pouvait-il être. Ça n'aurait fait qu'ajouter à mon état un malaise embarrassant.

C'est avec nonchalance que je me levai avec le verre pendouillant au bout de mes doigts. Je le déposai sur le petit plan de travail de la cuisine avant de défaire mon débardeur en traversant le studio pour aller vers la salle de bain. Au moins le regard pesant de Rai aura eu brièvement quelque chose d'autre à zieuter que ma tête de déterrée. Je m'enfonçai dans l'étroite cabine de douche dans un bruit sourd notant la collision de mon pied contre le rebord. Déséquilibrée, je me rattrapai de justesse en proférant un juron. « C'est quoi le job ? » Demandai-je à travers le rideau délabré et l'eau qui tardait à s'écouler. J'avais beau contrôler la glace, je n'étais pas immunisée contre le froid. Ma peau frissonnait comme jamais au ruissellement du filet d'eau sur mes courbes. Au moins les douches étaient rapides... Peut-être plus rapides que les briefings de Rai sur le qui-vive. Je ne percutai pas de suite qu'il ait pu me couvrir pour mon absence de ce matin. Reprenant à peu près forme, j'imaginais juste une hiérarchie furax qui serait une nouvelle fois satisfaite de me voir arborer ce maudit brassard rouge.

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MessageSujet: Re: Failing hope ▬ Rai   Sam 10 Nov 2018 - 22:06





FAILING HOPE

☁️
Elle finit par se redresser, les sourcils froncés ; la tête doit lui faire mal. Elle boit lentement. Rai soupire : ils n’ont pas la journée devant eux pour que ce verre soit vidé si lentement. Cependant, avec la quantité d’alcool qu’elle devait avoir ingéré, si au moins elle l’avait decemment éliminé de son corps, il valait mieux qu’elles ne boivent pas cette eau trop vite, pour le bien de son estomac. Il inspire une nouvelle gorgée de nicotine, la laisse visiter ses poumons avant de laisser ressortir la fumée, la dirigeant de manière à ne pas la souffler sur le visage de la jeune femme. Un Humain qui fume, voilà qui n’est pas commun. C’est même plutôt interdit par le Gouvernement, c’est peut-être pour ça qu’il n’est pas considéré comme un modèle : après tout, Rai est quelqu’un de très obéissant, bien qu’il soit certain qu’il fasse les choses à sa manière. Le chef d’escouade décide alors de ne rien dire. Celle-ci semble avoir lu dans ses pensées puisqu’elle finit par engloutir le contenu du verre d’un trait.

― Rai, la corrige-t-il.

Il ne donne pas plus d’explications. Evidemment, il est là en tant que chef d’escouade, cette position ne lui permettrait pas d’être là autrement, mais ils ne sont pas sur leur lieu de travail, ni même dans le cadre lui-même du travail. La jeune femme s’est alors rapidement levée, partie pour poser le verre sur le plan de travail. Il la suit histoire de mettre le nez dans son frigo, pour voir s’il ne peut pas lui faire quelque chose à manger. Son regard est posé sur son dos, entre ses omoplates. La surprise est grande quand elle retire son débardeur. Il savait que les rumeurs voulaient que les Aberrations soient sans gêne, mais tout de même. Evidemment, il avait déjà vu des femmes nues, mais était-elle toujours ainsi ? Rai fronce les sourcils. Combien d’hommes avaient pu la voir ainsi ? Cette pensée le contrarie mais qui est-il pour faire un commentaire à ce sujet ? Il reprend ses esprits quand elle disparaît derrière le rideau. Il l’a reluqué tout du long, sans même s’en rendre compte. Quel saleté il faisait. Il a honte, mais honte ! Il tourne le dos à la salle de bain ; comme si ça allait changer quelque chose, puis ouvre finalement la porte du frigo pour constater qu’il n’est pas bien rempli. Avec quoi pourrait-il bien lui faire à manger ? Surtout quelque chose qui ne lui pèsera pas sur l’estomac et de rapide à faire. Il reste l’équivalent d’un petit verre de riz dans un coin de la cuisine, quelques carottes. Il entreprend de mettre le tout à cuire sur la minuscule plaque de cuisson, pèle les petites carottes pendant que le riz cuit et les coupe en petit dés.

La voix de Dorcas s’élève tout à coup depuis la salle de bain. Elle veut s’avoir le programme de la journée. Rai pense qu’il est intéressant d’abord de la mettre au jus par rapport au fait qu’il a bien enfumé la hiérarchie.

― Officiellement, tu es partie devant pour la mission et j’ai dis que je te rejoignais.

Autrement dit, personne, à part Rai, n’est au courant de la véritable raison de l’absence de Dorcas. Il marque une pause, le temps de verser les carottes dans l’eau du riz pour les faire bouillir. Une fois que cela est fait, il n’a plus qu’à attendre que ça soit cuit et qu’elle le mange.

― On va faire du repérage au centre de formation. La hiérarchie a besoin de nouveaux agents et m’a demandé de faire une sélection. Je compte sur toi pour m’aider à choisir.


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MessageSujet: Re: Failing hope ▬ Rai   Dim 11 Nov 2018 - 1:43

Failing hope


Le froid de l'eau était une façon radicale mais efficace pour se sortir d'un tel brouillard. Loin d'être agréable, au moins ça me permettait d'atterrir. Un léger air pensif me prit lorsque Rai évoqua l'excuse servie pour couvrir mon absence. Un soupir caché par le bruit du robinet. Il couvrait mes arrières. Peu importait si je le méritais ou non aux yeux de la société. Ce brassard rouge que j'arborais n'avait jamais biaisé son jugement. S'il pouvait s'avéré cinglant et moraliseur, ce n'était aucunement dépendant de la nature ou du quotient d'une personne. Il était honnête, franc. Ce qui lui était plus souvent reproché qu'autre chose. Mais ça lui avait également octroyé cette place qui lui allait à ravir.

Savonnant mon corps, je décelai par les bruits adjacents que Rai préparait quelque chose dans la cuisine. Sans dire un mot, je me concentrais sur ses explications. Un recrutement au centre de formation. Une mission somme tout assez simple reposant sur de l'observation et de l'analyse. Pas sûre d'être en assez bonne condition pour faire fonctionner mon cerveau plus que mes muscles, mais je n'allais pas aggraver mon cas à discuter l'ordre de mission. Me rinçant rapidement, je sortis de la douche en m'enveloppant dans une serviette. Elle me séchera le temps d'atteindre la commode où mes tenues étaient entassées. Mes vêtements étaient étrangement bien pliés, bien rangés. J'enfilai de nouveaux sous-vêtements et une tenue noire appropriée. Récupérant mon blouson noir au brassard rouge pour le balancer sur le lit encore défait.

De la modeste cuisine sous-équipée émanait une odeur de nourriture. Je m'approchai de Rai, cheveux lâches encore mouillés. Je me sentais bête à le voir s'occuper ainsi de moi mais d'un autre côté, l'idée me réconfortait. C'est que je me sentais bien avec lui. En retour, je ne lui offrais qu'une ombre de moi-même.

Si je n'avais pas loisir à refaire le monde, ces baisses de régimes paraissaient de plus en plus fréquentes. Cela se traduisait par des absences, des moments où je me retrouvais silencieuse et pensive. Des étourderies que, d'ordinaires, je ne m'accordais pas de faire. Autant de détails qui n'avaient pu échapper à Rai. J'avais peur des questions que cela pouvait soulever chez lui. Mais il n'était pas du genre à faire dans le sentimental. Ce qui, pour le coup, m'arrangeait bien. J'avais bien trop honte pour évoquer mes crises existentielles avec lui. « Merci, vins-je lui dire d'un air hésitant. Pour la couverture. Et la nourriture. » Je ne me souvenais pas que boire creusait à ce point l'estomac. Je n'avais pas de réelle sensation de faim, mais une fébrilité qui me rendait faiblarde.

Vêtue d'un t-shirt noire, d'un pantalon large de la même teinte, et de chaussures adaptées aux missions sur le terrain, je m'appuyai contre le plan de travail. Assez proche de Rai sans non plus envahir son espace. Dans un tel appartement, il était difficile de ne pas être l'un sur l'autre en même temps...

Ma mauvaise humeur semblait s'estomper, même si ma mine restait affreuse. Je comatais sur l'eau portée à ébullition. « Tu ne devrais pas chercher à sauver ma peau à chaque fois, Rai. J'ai merdé. Pour une fois j'aurais mérité le blâme des supérieurs, avouai-je à voix basse, un arrière goût de pessimisme dans le ton. Arrivera un moment où tu devras surtout penser à toi, tu en as conscience ? » Lui demandai-je en relevant mes yeux vers les siens. Je tenais à cette tête brûlée plus qu'elle ne pouvait le croire. Si bon nombre de signes pouvaient faire penser à une certaine réciprocité, les barrières instaurées par la société m'empêchaient d'être honnête avec moi-même dès qu'il s'agissait de lui.

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MessageSujet: Re: Failing hope ▬ Rai   Lun 12 Nov 2018 - 0:15





FAILING HOPE

☁️
Dorcas en vient à évoquer le fait qu’il ne devrait pas lui sauver la peau comme il le fait. Il la coupe. Il pose son doigt sur ses lèvres. Ca, non, il ne veut pas l’entendre. Il ne sait que trop bien. Ils peuvent lui enlever Dorcas à n’importe quel moment. Elle vit un âge dangereux. C’est bizarre, mais d’habitude, Rai sait ce qu’il veut, et il n’y va pas par quatre chemins. Il hésite entre vivre avec des remords ou des regrets, mais des regrets qui feront moins mal quand elle partira.

― Je ne vais pas les laisser te refaire le portrait, certainement pas, non. J’ai besoin de tous  mes agents et au meilleur de leur forme. D’ailleurs…

Il se penche un peu vers elle, assez près mais pas trop non plus, pendant quelques secondes, le temps de pouvoir sentir si elle a encore des relents d’alcool. Ce geste, bien qu’anodin à première vue, fait battre le coeur de l’Humain. Il se maudit pour ça. Des fois, ces sentiments, il voudrait les jeter à la poubelle, s’en débarrasser. Malgré tout ce en quoi il croit, une petite voix au fond de lui, celle qui est apparu depuis qu’il vit de nouveau avec les Humains lui souffle que ça ne lui apportera que des problèmes. Il devrait vivre sa relation cachée et il deviendrait encore plus compliqué pour lui de justifier toute l’attention qu’il lui porte, si celle-ci devient trop évidente.
Bien que les Humains connaissent l’existence de cette drogue, ça n’en reste pas moins illégal… Plus ou moins. Et il voudrait éviter des explications supplémentaires. Le chef d’escouade ne pourra pas trouver des excuses à ses agents indéfiniment, bien qu’il sache à qui il le fait ; les gens en qui il a confiance, qui sont sérieux.
Sans qu’il ne se redresse, son regard se relève pour se poser sur celui de l’Aberration. Lui, il se fiche bien des codes sociaux. Alors pourquoi ? Pourquoi ne pas être honnête avec Dorcas et avec lui-même ? Ce n’est pas la compagne que le Gouvernement lui a choisi qui pourrait faire ça. Peut-être a-t-il peur que le Gouvernement finisse par faire la même chose que ses parents adoptifs et se retrouver seul. Malgré l’état affreux dans lequel elle se trouve actuellement, il ne peut s’empêcher de penser que s’il avait pu, c’est elle qu’il aurait peut-être choisie, si les circonstances avaient été différentes.

― Dans tous les cas, je ne pourrais pas toujours te protéger, Dory. J’ai juste pas envie de voir mes agents manger les pissenlits par la racine pour si peu.

Il pourrait le faire, tant il s’est rapproché d’elle sans s’en rendre compte, mais Rai n’a pas trop envie d’embrasser quelqu’un avec des vapeurs d’alcool dès le matin. Alors il s’éloigne et s’empare de la casserole, qu’il vide dans une passoire. Enfin, il met le tout dans un bol qu’il tend à son sous-fifre. Il file ensuite faire la vaisselle : il a sali, il nettoie.

― Tiens, mange. Pas trop vite, on partira après.

Bien qu’il ne s’en cache pas, Rai n’a jamais vraiment parlé de son passé parmi les Aberrations. C’était fort probable que ces agents pensent que cela ne sont que des rumeurs, sachant qu’il n’a pas été directement en contact avec ses agents.


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MessageSujet: Re: Failing hope ▬ Rai   Ven 16 Nov 2018 - 11:50

Failing hope


Son index vient taire mes mots. Un geste audacieux dont la désinvolture évoquait l'attrait que je pouvais ressentir envers cet homme. Une proximité à la fois naturelle et forcée. Comme si tout deux, nous savions que ce pouvait être dangereux. Rai prétexta son intérêt pour ma sauvegarde par l'idée générale qu'il avait de protéger son unité. Je n'étais pas l'élément le plus précieux de son escouade, mais force est de constater qu'il avait une confiance aveugle en moi. Ce qui le faisait me choisir lorsqu'il fallait sortir accompagné pour une mission. Que rares étaient les fois où il me laissait sur la touche dans la caserne à m'entraîner. Une confiance et une affection certaine qui me valait bon nombre de critiques de la part des autres.

Ce n'était pourtant pas légitime. Ce ne serait pourtant pas pour me déplaire. Mais jouer avec le feu n'était pas une possibilité quand on se trouvait dans ma position. J'aurais aimé avoir le courage de tout foutre en l'air, de ne m'intéresser qu'à moi et mes désirs. Cependant, j'en étais incapable. Je tenais trop à la vie pour ça. Tellement que je commençais à m'en mettre la tête à l'envers juste pour oublier tous les risques pris. Je voulais pouvoir me sentir libre, éloignée des carcans de la société. Pouvoir laisser libre cours à mes sentiments et ressentiments.

Mais j'étais une Aberration.
Pire encore : une Aberration façonnée à l'image du gouvernement.

Mes parents avaient toujours été exemplaires dans leur conduite. Ils faisaient ce qu'on leur demandait et de la manière dont on leur demander de le faire. Je n'avais pas été capable de mimer leur façon de vivre. Alors la caserne avait été mon seul chemin. Un enseignement sévère et strict qui ne m'empêcha pourtant pas de finir avec un brassard rouge. Parce qu'ils devaient le sentir, que je n'étais pas comme eux. Que malgré mes états de service, j'avais besoin d'un but direct pour poursuivre ma route. Les humains semblaient s'échiner à refuser de croire qu'une Aberration ne pouvait pas tout simplement vouloir faire le bien autour d'elle. Aider les autres, les protéger. Humains ou Aberrations. Je n'étais pas crédible à leurs yeux quand bien même j'étais à l'image de ce qu'ils avaient faits de moi.

J'avais abandonné l'idée d'en comprendre la logique depuis des années. Mais l'approche de la ligne d'arrivée me faisait tout remettre en question.

Rai n'était pas pour aider...

Par chance, j'avais trop la tête dans le brouillard pour prendre le temps d'y réfléchir avec sérieux. D'un embarras perceptible, Rai approcha son visage du mien. Mon cœur manqua un battement avant de se déchaîner dans une course interminable. Lorsqu'il s'éloigna, mes pommettes avaient pris cette teinte rouge de la gêne. Jamais je n'avais été gênée face à lui. Mais cette proximité et ce qu'elle aurait pu engendrer... Je détournai le regard, honteuse d'avoir eu cette image dans l'esprit ne serait-ce qu'une seconde ; il voulait simplement voir si je sentais encore l'alcool. Bien moins attractif que ce que j'étais venue à imaginer. Et je m'en sentais ridicule sur l'instant.

Il ne s'éloigne pas. Mes yeux se relèvent et nos regards se croisent. Je retiens une expiration pour ne pas l'incommoder avec les relents d'alcool. Impossible de percevoir la portée de ce silence qui nous enveloppa. Je ne comprenais pas ce qui se passait mais j'appréciais ressentir la chaleur que son corps dégageait. Le sentir avoir cette emprise sur moi. Ce sentiment qu'il viendrait à m'encercler et m'empêcher de lui échapper... Mon rythme cardiaque ne parvenait pas à ralentir la cadence...

Finalement, une déclaration vint briser cet interlude aussi incommodant que plaisant. Il voulait pas risquer de me perdre. Au même titre que n'importe quel agent. Je ne le croyais pas ; Rai m'avait prise sous son aile dès qu'il en avait eu la possibilité. Il y avait quelque chose entre nous. Une connexion que j'avais toujours su ressentir mais qui, aujourd'hui, semblait quitter l'abstrait pour se concrétiser. Ou alors... et c'était sans doute le cas : ce n'était que ma peur qui me poussait à interpréter des signes qui n'existaient pas. Ma peur qui me faisait comprendre des faits pourtant absents. Et malgré cette hypothèse qui se faisait bien plus plausible que nulle autre, je restais figée face à lui. Détaillant le châtain de ses iris.

Une absence qui se solda par son inévitable éloignement. Un bol et sa vaisselle. Je saisis avec lenteur le contenant et un couvert. Ayant besoin d'air, ne voulant sortir ainsi, je retournai vers ce qui faisait officie à la fois de chambre et de salon pour m'asseoir parterre en tailleur face à la table basse. « T'es quand même pas obligé de me ramasser à la p'tite cuillère. C'est pas ton d'job. J'ai merdé, j'aurais pas dû, c'est normal que j'en paye le prix, répondis-je comme un programme acceptant la fatalité de son sort avec une facilité déconcertante. Mais merci... » ajoutai-je avec une touche d'émotion qui n'avait aucunement sa place dans une telle réplique.

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MessageSujet: Re: Failing hope ▬ Rai   Dim 18 Nov 2018 - 14:10





FAILING HOPE

☁️
Elle s’éloigne de lui pour aller s’installer en tailleur devant la table basse. Rai la suit dans son mouvement, s’assoit en face d’elle, le menton accoudé dans le creux de sa main. Elle murmure encore des conneries. L’Humain soupire longuement.

— Non, c’est pas mon job. T’as raison. Mais je sais ce que c’est. C’est difficile à croire, mais j’ai porté le noir, moi aussi. Tant que j’en aurais le pouvoir, je ne laisserais pas les « miens » vous malmener. Et non, tu ne mérites pas la punition à laquelle toi et moi sommes en train de penser.

Dire ça le fait soupirer à nouveau. Personne ne méritait de mourir, ni même de se faire taper dessus pour si peu. Et les rumeurs étaient vraies. Elles l’ont toujours plus ou moins suivi à dire vrai ; des Humains ayant vécu avec des Aberrations, ça ne court pas les rues. Ce genre d’erreur est rare. Mais du coup, ça implique que l’inverse est aussi possible ; qu’une Aberration se fasse passer pour un Humain. C’est beaucoup plus compliqué mais ce n’est pas impossible. Il comprend aussi bien que Dorcas ce que ça fait de vivre en tant qu’Aberration. Et malgré tout ce que l’on pourra en dire, ça a tout de même fait dix ans de sa vie. Ce n’était pas juste histoire de dire, Rai l’a vraiment vécu. Ces dix ans ont été définitivement empreint du même genre de tragédie que son sous-fifre avait pu vivre. La seule différence, c’est que maintenant il va pouvoir vivre doublement plus longtemps que s’il avait porté le noir. Pourquoi faire ?

— C’est facile de s’en prendre à vous alors que vous ne pouvez pas librement vous défendre... Quand on y pense, si vous n’aviez pas tous ces dispositifs pour vous brider, les positions seraient sûrement à l’inverse.

Rai se fait étrangement bavard. D’habitude, il parle peu, se contentant d’ouvrir la bouche seulement pour dire les choses les plus essentielles. C'est peut-être bien la première fois qu'il parle aussi sincèrement. Il est vrai que Rai est quelqu'un de très franc, mais on l'entend peu parler de choses profondes comme celles-ci. Pourtant, Dorcas ne lui semble pas au top de sa forme, et il a l’impression que parler ainsi pourrait la consoler un peu. L’Humain ne sait pas trop quel effet ont ses paroles sur l’Aberration, mais il espère que ça lui fera du bien. Il continue alors, étouffant un rire :

— Je complexais parce qu’à quinze ans, je n’avais pas de pouvoir. J’étais tellement frustré. J’ai vraiment fini par croire que j’étais une Aberration. C’est dur, de vivre dans votre monde. Il est cruel, parfois froid, mais moins froid que le mien.

Rai reste pensif, alors qu’il ne reste presque plus que le mégot de sa cigarette. C’est tout ce qui lui reste de sa vie d’avant. Bizarrement, fumer ainsi prend beaucoup plus de sens. Il sourit, légèrement moqueur :

— C’est bête, hein ?


©️ SIAL ; icon tumblr


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MessageSujet: Re: Failing hope ▬ Rai   Lun 19 Nov 2018 - 1:38

Failing hope


Frénétiquement, mon genou commence à trembler. Lentement. Rai est installé en face de moi, à me regarder manger par petites bouchées. Je cillai sans le vouloir à ses mots étranges. Ramener ce passé qui lui avait été imposé injustement me rendait mal à l'aise. Parce qu'à avoir vécu ça, d'avoir cette empathie exacerbée, ça impliquait que Rai se mettait lui-même en danger pour nous protéger. Protéger les "miens" des "siens".

L'utopiste en lui devait prendre de sacré coups dans la gueule à la moindre altercation. La moindre affaire. La moindre opération.

Enlevés les codes couleur, je ne voyais aucune différence entre Rai et moi. Entre n'importe quelle Aberration et n'importe quel humain. Est-ce que cela changeait quelque chose ? Absolument rien. Comment pouvait-il alors espérer qu'agir pour un groupe des "nôtres" permettrait de changer cette société ?

Son éloquence m'intrigue et me rend nerveuse. Cette jambe continue à bouger, toute seule, à un rythme frénétique que je ne percute même pas.

Docilement et silencieusement, je continuais à manger. Et lui à parler. Moi-même j'avais souffert de ce retard. Mise en parallèle avec mon frère et ma sœur, devant voir mon pouvoir être provoqué. Classée comme S devant sa fulgurance. Ce n'était pas un cadeau... Mon pouvoir ne s'était pas déclaré pour une bonne raison : je n'étais pas prête à le gérer. Il m'a donné bien du mal à souvent se retrouver être en opposition face à ce que j'étais. Face à qui j'étais. Cette provocation m'avait enfermée, isolée. Un fardeau plus qu'une bénédiction. Si aujourd'hui je sais pertinemment que je n'aurais pas préféré être dans la situation de Rai : à devoir quitter ma famille car on m'avait mise dans la mauvaise case, à l'époque j'aurais tout donné pour que rien ne se soit déclenché. Qu'on m'ait adoptée, élevée du mauvais côté de la barrière...

Je comprenais sans mal qu'il parvenait à identifier mes questionnements. Ce n'était pas difficile de voir que j'étais au bout du rouleau en même temps... Prête à baisser les bras, tout abandonner. Ne pas vouloir courir vers la ligne d'arrivée mais la laisser venir à moi, me capturer et m'entraîner dans l'inévitable chute.

Finissant ma bouchée, je revins sur ses premiers mots, préférant ça à l'apitoiement stérile. « Et en quoi l'inverse serait mieux que la situation actuelle ? Si ce n'est pas moi qui paye, c'est toi. Et encore... je ne sais pas si j'aurais la bêtise que tu as de persister à vouloir couvrir des Aberrations... », lui reprochai-je à demi-mots malgré le fait qu'intérieurement, je lui étais profondément reconnaissante. Et il devait le savoir, d'à quel point je le respectais pour l'aide qu'il m'apportait chaque jour. Le soutien qu'il représentait était incomparable. Mais je ne voulais pas qu'il vienne à risquer trop gros pour moi. Il n'avait pas à se compromettre pour une créature qui, de toute façon, n'en avait plus pour longtemps. Ça n'en valait pas la peine.

À répéter ma remarque dans la tête, je plongeai mon regard dans le bol, ne voulant qu'il décèle le problème sur lequel je l'avais inconsciemment centrée : entre nous, ça ne changerait rien ; persisterait un interdit, une incompatibilité Morale qui nous pesait autant l'un que l'autre. Si c'était subtile, je le ressentais. Et je peinais à croire que ce ne soit pas réciproque. Même si, de son côté, c'était différent. Rai avait la chance d'avoir une femme. Je savais que ce n'était qu'une formalité entre eux et que ça ne marchait pas le moins du monde, mais je ne pouvais m'empêcher de jalouser cette situation : avoir quelqu'un près de soi... d'autant si ça avait été quelqu'un comme Rai. Mais je n'ai jamais eu le courage ni la motivation de chercher à construire quoi que ce soit avec qui que ce soit. Personne ne m'avait donné cette envie. La seule qui me stimulait, c'était le travail que je faisais pour Rai. Et je m'étais déjà rendu compte que Rai jouait plus dans la balance que le travail en lui-même.

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